merzbo-derek

(tableaux exotiques & odalisques beat)
(natures mortes & musiques fictives)

Soledad Miranda in THE DEVIL CAME FROM AKASAVA (1971) directed by Jesús Franco

(Source: goregirlsdungeon, via doseage)

ARCHIVES (17)

SONIC RIVIERA -1 : LE JAZZ

ils chantent le corps acoustique (parfois électrique)

Antibes / Juan-les-Pins, 1960 : Scandale ! Mingus attaque « What Love ? », troisième morceau de la soirée. Rétrospectivement : 13 minutes de bonheur pourtant pas du goût du public. Toux gênées lorsque Mingus attaque son solo. Et quand Eric Dolphy le rejoint c’est l’émeute : sifflets et insultes fusent, sans interruption, aujourd’hui couchés sur un live d’anthologie – la honte, incompréhension totale de part et d’autre, annonciatrice de l’accueil réservé à Albert Ayler, salle Pleyel, en 1966.

Rapidement Ella Fitzgerald a digéré les trouvailles du be-bop, et s’est révélée être une improvisatrice de talent dont le scat rivalisait d’ingéniosité avec les meilleurs jazzmen de sa génération. Ella vint à Juan-les-Pins en 1964, riche d’un répertoire incluant « Mack The Knife ». Sauf que le chant des cigales s’avéra si puissant que la représentation fut perturbée ! Pas en reste, Ella dialogue avec les insectes dans une improvisation menée à leur rythme et nommée dans la foulée « The Cricket Song ».

En Afrique du Sud, en plein apartheid, la loi interdit les spectacles multiraciaux. Afin de jouer en compagnie des Blue Notes dont il est le leader, le pianiste Chris McGregor doit s’enduire le visage d’huile de santal pour dissimuler la blancheur de sa peau. Après moult tracasseries policières, le sextette est invité à Juan en 1964 où l’écrivain James Baldwin s’en entiche. Dans l’impossibilité de rentrer chez eux, les Blue Notes s’exilent un temps en Suisse avant de gagner Londres où ils irrigueront des années durant les milieux du free, de l’impro et même la scène dite de « Canterbury » (Soft Machine, etc.). Le trompettiste Mongezi Feza délivrera d’ailleurs une de ses plus belles pages instrumentales, en re-recording, sur Rock Bottom de Robert Wyatt. Qu’en aurait-il été si ce groupe n’avait pas été programmé à Juan ?

Le 26 juillet 1965, dans la pinède de Juan-les-Pins toujours, les quatre mouvements du chef d’œuvre A Love Supreme, signé John Coltrane et enregistré quelques mois auparavant en studio, sont développés en public. « Aknowledgement », « Resolution », « Persuance » et « Psalm » constituent, dans les brèches de la nuit, autant d’étapes sur le chemin du Divin. Coltrane conduit l’auditoire aux portes de la Révélation et frôle la quintessence d’un « art parfait », où l’inspiration n’aurait d’égale que la pertinence d’un discours à la construction formelle adéquate. Dépassement spirituel et physique, au seuil des barrières pulvérisées Coltrane incarne le rêve d’une musique cosmique qui ne serait qu’émotion pure. Une seule fois cette suite sera donnée dans son intégralité, ce soir-là, après quoi seuls des extraits en seront réinterprétés en concert. Le lendemain, Coltrane, dans la même pinède, canalise la ferveur de ses impulsions en direction de la contemplation. Mission cathartique accomplie : Coltrane cesse d’interroger ses démons, revient à des compositions plus anciennes, et à l’aune d’une flamme intérieure peu commune, revisite le standard « My Favorite Things », avant le saut dans le vide des années postérieures.

En 1965 toujours, pour la bande originale d’un film tourné aux abords des fortifications du vieil Antibes, en l’occurrence L’Enfer sur la plage du cinéaste José Bénazéraf (surnommé « l’Antonioni de Pigalle »), Chet Baker improvise une musique aussi sensuelle que celle d’Ascenseur pour l’échafaud dans laquelle joue le Niçois Barney Wilen aux côtés de Miles Davis.

Juillet 1969 : déjà passé par Paris dans le cadre d’une prestation privée immortalisée par un documentaire de Luc Ferrari et Gérard Patris, Cecil Taylor subjugue les Nuits de la Fondation Maeght. Fleuron du free d’alors, son Unit démultiplie à l’envi et de manière foudroyante une énergie folle, donnant l’impression d’être propulsé par un moteur d’une inépuisable puissance. Soudé, l’Unit fonce et empile les clusters comme autant de linéaments de thèmes avortés. Les strates de sons s’empilent dans un flux que rien ne semble pouvoir interrompre. Des grappes d’accords frénétiques explosent et l’on ne saurait se soustraire à leur réitération hypnotique : l’arrière-pays tremble sous la frappe du piano du maître de cérémonie envisagé comme un balafon à 88 toms. Seul un coffret de trois LP pouvait venir à bout de l’événement.

Quand Sidney Bechet disparut, on lui dressa une statue. Delfeil de Ton, alors chroniqueur de jazz d’Hara-Kiri : « C’est un buste qu’on devrait dire. Et encore, un buste où on ne voit pas son ventre, ni sa poitrine, ni ses épaules ! Bref, on a posé la binette à Sidney Bechet sur un socle à Antibes / Juan-les-Pins. C’est déjà pas mal pour un nègre. D’habitude, chez nous, les statues, elles sont plutôt réservées aux généraux des conquêtes coloniales et aux commandants des bateaux d’esclaves. Tout ça pour vous dire qu’en France on n’est pas raciste. Ce n’est pas notre faute si Dieu a fait des nègres. On les lui avait pas demandés. Surtout qu’on avait déjà les Arabes à mépriser. » Ce texte, tel quel, est reproduit sur la pochette d’un album de la série BYG / Actuel, capté en public à Juan-les-Pins en 1970, et dû à Archie Shepp accompagné par le Full Moon Ensemble, c’est-à-dire Clifford Thornton, proche des Black Panthers et sur la liste noire de la C.I.A. ; Alan Shorter, frère schizophrène du grand Wayne ; Claude Delcloo, créateur d’Actuel que rachètera Bizot ; Beb Guérin, avant qu’il ne se donne la mort ; et Joseph Dejean, à la guitare électrique, lui aussi trop tôt disparu. Shepp à Juan, c’est le mépris d’un public indifférent, et en retour, la morgue de Shepp submergé par la détresse. Dans Rock & Folk dépêché sur place, Paul Alessandrini s’enflamme : « Et les censeurs, blancs comme il se doit, célèbrent comme chaque année à la même époque les retrouvailles du jazz et de la mer. Plutôt l’odeur de la mer, putréfaction du jazz. Enterrons ces surprises-parties pour culs-de-jattes de l’esprit, sur lesquelles règnent les rois de la belote. »

On ne sait pas grand-chose de Sun Ra quand il est programmé à la Fondation Maeght en août 1970, et les spéculations vont bon train quant à son âge supposé et son vrai nom. Avant qu’il ne joue en dehors des Etats-Unis pour la première fois, on ne trouve alors, que ça et là, quelques éléments biographiques conférant à l’Intergalactic Research Arkhestra un arrière-goût de clandestinité. A Saint-Paul de Vence, tout concoure d’avance à la possibilité d’un voyage mythique. Du coup, Sun Ra à la Fondation, c’est carrément une utopie en marche, un véritable processus onirique, une sorte de bacchanale futuriste aux références piochées dans la science-fiction comme dans les civilisations antiques. De longs concerts offrent pantomimes et danses portées par une musique de feu assortie d’extravagantes expériences au Moog. Les incantations s’y déroulent, envoûtantes, au sein d’un cérémonial que de violents paroxysmes parcourent en quête d’une transe extatique libératrice. Les concerts de Saint-Paul de Vence tiennent du happening sonore et mélangent des éléments rituels à un invraisemblable capharnaüm baroque, fait d’anches et de cuivres rutilants battant au pouls de percussions exotiques : l’Afrique mythique est totalement fantasmée, au diapason d’un Espace lointain, dans les parages de Saturne. Saute aux yeux et aux oreilles le destin alternatif que Sun Ra avait commencé de se forger de longue date, en échange de celui de fils d’esclave qu’il avait reçu en héritage.

A la même époque exactement, Albert Ayler défraye la chronique, et Steve Lacy le voit comme un « créateur » à l’origine d’une « substance » dont la nature mystérieuse échappe à l’analyse, ce qui démontre assez la singularité du personnage. Historique, un premier concert en France, en 1966 à la salle Pleyel, se déroula dans des circonstances catastrophiques – haro d’une partie du public, ulcérée. A l’inverse, sa « musique du peuple pour le peuple » comme il aimait à en parler, ses joutes jubilatoires quasi orgiaques avec sa compagne Mary Maria, à la Fondation Maeght et à l’instar des prestations de ses camardes Cecil Taylor et Sun Ra au même endroit, rencontrèrent enfin un accueil incroyablement chaleureux : pureté et joie célébrées de concert offrirent en partage une part d’innocence écorchée au public de Saint-Paul, puis de La Colle sur Loup, où, dans un centre de vacances, le saxophoniste donna son avant-dernier concert. Sa mort, brutale, survient alors que deux disques de ces nuits, pour le compte du label Shandar, paraissent et remportent le Grand Prix de l’Académie Charles Cros en 1971. Une des pages mythiques de l’histoire du jazz a été écrite à la Fondation Maeght.

Bien qu’originaire de San Francisco, Barre Phillips a choisi de s’installer dans le Var, du côté de Puget-Ville où cet inlassable globe-trotter a posé ses valises en 1974, dans des ruines progressivement rebâties pierre après pierre, contre une chapelle du onzième siècle. Depuis ce port d’attache, ce musicien – qui a su insuffler un élan décisif à l’histoire de son instrument – a parcouru la planète à la rencontre de Carolyn Carlson, Robert Kramer, Derek Bailey, Malcolm Goldstein ou Keiji Haino. Un album de Joe Maneri, édité par le label ECM, a même été enregistré dans la chapelle jouxtant sa maison. Sa reconsidération continuelle de l’instrument en a fait un modèle pour quantité de musiciens du cru avec qui il n’hésite pas à partager son savoir.

Miles Davis a souvent joué à Juan-les-Pins. D’abord en 1963, ce dont témoigne un disque Columbia dans lequel un jeune batteur de dix-sept ans met le feu : Tony Williams. Ensuite en 1969, en compagnie d’une formation électrique redoutable composée de Wayne Shorter, Chick Corea, Dave Holland et Jack DeJohnette. Puis c’est l’entracte : de 1975 à 1980 Miles carbure aux speedballs, joue les Sly Stone, ne sort pratiquement plus de chez lui et se contente de regarder sa trompette : le « Tire-toi connard » qu’il assène alors à Mick Jagger venu le solliciter est resté dans les annales. Mais quand sort Man With The Horn en 1980, un disque-voyou qui fit hurler les puristes, Miles se décide à reprendre la route. Celle-ci passera par Juan, où un Miles vulnérable à la démarche incertaine accomplit des miracles avant de se produire, quasiment chaque année et jusqu’à sa disparition, à Nice.

todf:

Friday at eight at Spectacle: Cockette Rumi Missabu will present what we *think* is the New York premiere of Uncle Bob, a documentary on the life and tragic death of Robert Opel, best known for streaking at the Academy Awards. That’s the hook, but there’s a lot more to this story, and those of you interested in LGBT rights, the San Francisco culture of the 70s and general weirdo art in general should definitely come out. Directed by Robert’s nephew Robert Oppel (Opel changed his last name to protect his family), produced by Abel Ferrara and featuring interviews with John Waters, Divine, Bea Arthur (!), Tom of Finland (!!!) and many more, it’s really something special, and this will be a one-night only showing. Dana and I (and Rumi!) put quite a bit of work into this show, so if you were looking for a good opportunity to come out and see a show, this is it. We’ll also have a series of short features by Rumi (I’ll talk about those later), a song and signed/lipsticked dvds for sale. Don’t miss it! 

(via decadentiacoprofaga)