merzbo-derek

(tableaux exotiques & odalisques beat)
(natures mortes & musiques fictives)

THIS HEAT

DECEIT

Allier l’engagement politique au radicalisme sonore le plus abstrait, voici grosso modo ce que mit en œuvre This Heat, sur disques comme au cours de performances si volontairement menaçantes et agressives qu’elles plongeaient le public dans la torpeur. « Alerte rouge vingt-quatre heures sur vingt-quatre » constituait leur slogan, bien à l’image d’une musique diffractée dont les changements incessants n’avaient d’autre raison que d’éveiller les sens et d’exercer la vigilance en toutes circonstances. L’âpreté développée révèle une démarche en rupture totale d’avec le psychédélisme planant prisé par la décennie précédente. Sur Deceit, un album conceptuel basé sur l’imminence potentielle de la fin du monde, « Sleep », le premier morceau, dénonce le lavage de cerveau inhérent au consumérisme de masse et à la société du spectacle. Alors hébergé par le même label que Swell Maps, Pere Ubu ou Red Krayola, This Heat, à l’instar de ses confrères, a réussi à fusionner pratiques savantes et populaires, en mélangeant sans complexe, avec des structures issues du rock et plus ou moins improvisées, des méthodes dérivées à la fois des musiques concrètes et du dub, le tout avec une imagination franchement décalée. A l’origine de textures déconcertantes et de climats angoissés, cette approche est née de la rencontre de Charles Bullen et Charles Hayward, un batteur ayant officié aux côtés du guitariste de Roxy Music, Phil Manzanera, dans un groupe de rock progressif singulièrement tendu : Quiet Sun. Leur association, originellement baptisée Dolphin Logic, s’enracinait dans l’improvisation totale, avant que n’arrive Garrett Williams (le groupe se nommait alors Friendly Rifles) et que le propos ne soit recentré autour d’une forme sophistiquée de rock expérimental. Dès lors, réalisés depuis un entrepôt frigorifique désaffecté de Brixton, leurs morceaux n’auront plus de cesse que de célébrer une certaine violence instrumentale, digne des passages sous tension de King Crimson au milieu des années 1970. Sauf que ce genre d’influence se révèle ici totalement perverti, ne serait-ce que par l’idée que n’importe qui peut faire de la musique avec n’importe quoi, d’où la sollicitation d’objets usuels et l’intégration du non-musicien Garrett Williams constituant un véritable pied de nez aux idées reçues.

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